{"id":744,"date":"2026-03-11T10:59:34","date_gmt":"2026-03-11T09:59:34","guid":{"rendered":"https:\/\/supplements.aoc.media\/printemps-des-humanites\/?p=744"},"modified":"2026-03-18T16:54:43","modified_gmt":"2026-03-18T15:54:43","slug":"pour-un-debat-sur-les-effets-des-technologies-sur-les-transformations-du-travail","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/supplements.aoc.media\/printemps-des-humanites\/2026\/03\/11\/pour-un-debat-sur-les-effets-des-technologies-sur-les-transformations-du-travail\/","title":{"rendered":"Pour un d\u00e9bat sur les effets des technologies sur les transformations du travail"},"content":{"rendered":"<p class=\"first-paragraph\">Les r\u00e9centes avanc\u00e9es spectaculaires de l\u2019intelligence artificielle dite \u00ab\u2009g\u00e9n\u00e9rative\u2009\u00bb (IAG) dans le domaine du langage ont relanc\u00e9 un d\u00e9bat \u00e9conomique ancien : la possibilit\u00e9 du remplacement du travail humain par des machines. Cette question fait l\u2019objet d\u2019un d\u00e9bat anim\u00e9, o\u00f9 s\u2019affrontent deux points de vue diam\u00e9tralement oppos\u00e9s. D\u2019un c\u00f4t\u00e9, on redoute une vague massive de ch\u00f4mage due aux progr\u00e8s technologiques, ainsi que des cons\u00e9quences \u00e9conomiques catastrophiques. De l\u2019autre, on esp\u00e8re voir dispara\u00eetre l\u2019ali\u00e9nation li\u00e9e au travail, gr\u00e2ce \u00e0 ces m\u00eames avanc\u00e9es.<\/p>\n<p>Ces deux visions ne sont pas nouvelles. Depuis l\u2019industrialisation, de nombreux \u00e9conomistes se sont interrog\u00e9s sur les effets du remplacement du travail par les machines. L\u2019histoire \u00e9conomique regorge d\u2019\u00e9pisodes illustrant ce ph\u00e9nom\u00e8ne, comme les luttes des luddites face aux m\u00e9tiers \u00e0 tisser. Les \u00e9conomistes et sociologues de chaque \u00e9poque ont su analyser les dynamiques en cours, mais ont souvent \u00e9chou\u00e9 \u00e0 pr\u00e9voir l\u2019\u00e9volution de la relation entre travail et technologie. Les craintes r\u00e9currentes de la \u00ab\u2009fin du travail\u2009\u00bb se sont ainsi r\u00e9v\u00e9l\u00e9es infond\u00e9es, en raison notamment de la difficult\u00e9 \u00e0 anticiper l\u2019avenir des technologies.<\/p>\n<h2>Le m\u00e9canisme de d\u00e9versement\u00a0: une r\u00e9alit\u00e9 empirique qui mod\u00e8re le ch\u00f4mage technologique<\/h2>\n<p>Les \u00e9conomistes classiques \u2013 tels qu\u2019Adam Smith ou Karl Marx \u2013 ont mis en \u00e9vidence l\u2019importance du capital et de la division du travail, des analyses rest\u00e9es plus pertinentes que leurs anticipations sur la productivit\u00e9 future. Keynes, dans les ann\u00e9es\u00a01930, pr\u00e9voyait une r\u00e9duction massive du temps de travail pour la fin du XXe\u00a0si\u00e8cle\u2009; cette pr\u00e9diction ne s\u2019est r\u00e9alis\u00e9e qu\u2019\u00e0 la marge. Schumpeter, avec son concept de \u00ab\u2009destruction cr\u00e9atrice\u2009\u00bb, a sans doute fourni la vision la plus f\u00e9conde pour comprendre les dynamiques observ\u00e9es depuis la premi\u00e8re industrialisation.<\/p>\n<p>L\u2019histoire \u00e9conomique empirique illustre des m\u00e9canismes de d\u00e9versement entre secteurs et entre entreprises. Les gains de productivit\u00e9 r\u00e9alis\u00e9s dans un secteur se traduisent par une r\u00e9allocation du travail vers d\u2019autres activit\u00e9s, via la hausse des revenus ou la baisse des prix qui stimule la demande. Ainsi, les rendements agricoles accrus ont r\u00e9duit l\u2019emploi dans ce secteur, mais favoris\u00e9 l\u2019essor de l\u2019industrie, puis les gains industriels ont aliment\u00e9 la croissance des services.<\/p>\n<p>Il ne s\u2019agit pas de nier le ch\u00f4mage technologique, qui existe bel et bien de mani\u00e8re transitoire et localis\u00e9e. Mais, dans une \u00e9conomie de march\u00e9 lib\u00e9ralis\u00e9e, ses effets tendent \u00e0 \u00eatre compens\u00e9s par l\u2019\u00e9mergence de nouvelles consommations. Le v\u00e9ritable d\u00e9fi r\u00e9side alors dans la capacit\u00e9 des \u00e9conomies \u00e0 accompagner ces transitions, par l\u2019adaptation des qualifications, la mobilit\u00e9 des travailleurs et le partage \u00e9quitable des gains de productivit\u00e9.<\/p>\n<figure id=\"attachment_860\" aria-describedby=\"caption-attachment-860\" style=\"width: 980px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-860 size-large\" src=\"https:\/\/supplements.aoc.media\/printemps-des-humanites\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2026\/03\/Malo-Mofakhami-1024x682.jpg\" alt=\"Pour un d\u00e9bat sur les effets des technologies sur les transformations du travail de Malo Mofakhami\" width=\"980\" height=\"653\" srcset=\"https:\/\/supplements.aoc.media\/printemps-des-humanites\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2026\/03\/Malo-Mofakhami-1024x682.jpg 1024w, https:\/\/supplements.aoc.media\/printemps-des-humanites\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2026\/03\/Malo-Mofakhami-300x200.jpg 300w, https:\/\/supplements.aoc.media\/printemps-des-humanites\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2026\/03\/Malo-Mofakhami-768x512.jpg 768w, https:\/\/supplements.aoc.media\/printemps-des-humanites\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2026\/03\/Malo-Mofakhami-1536x1024.jpg 1536w, https:\/\/supplements.aoc.media\/printemps-des-humanites\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2026\/03\/Malo-Mofakhami-750x500.jpg 750w, https:\/\/supplements.aoc.media\/printemps-des-humanites\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2026\/03\/Malo-Mofakhami.jpg 2000w\" sizes=\"auto, (max-width: 980px) 100vw, 980px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-860\" class=\"wp-caption-text\">Transporteurs de verre dans une usine de Firozabad. \u00a9 Arnaud Kaba, 2021. S\u00e9rie photographique expos\u00e9e dans le cadre du Printemps des Humanit\u00e9s.<\/figcaption><\/figure>\n<h2>Technologie num\u00e9rique et IAG\u00a0: un cas in\u00e9dit\u2009?<\/h2>\n<p>Aujourd\u2019hui, avec le d\u00e9veloppement des technologies num\u00e9riques et des outils d\u2019IAG, la question du ch\u00f4mage technologique de masse se pose \u00e0 nouveau et nourrit de nombreuses craintes et fantasmes. Assiste-t-on d\u00e9sormais \u00e0 un v\u00e9ritable risque de disparition du travail\u2009? Comme l\u2019histoire \u00e9conomique nous l\u2019enseigne, il est tr\u00e8s difficile de pr\u00e9dire l\u2019\u00e9volution des capacit\u00e9s technologiques, mais plusieurs travaux \u00e9conomiques r\u00e9cents nous invitent \u00e0 relativiser ce risque. En 2017, Frey et Osborne ont r\u00e9alis\u00e9 une \u00e9tude in\u00e9dite sur la probabilit\u00e9 d\u2019automatisation des m\u00e9tiers aux \u00c9tats-Unis, du fait des futurs outils robotiques et num\u00e9riques. Ils ont conclu que plus de 40\u00a0% des m\u00e9tiers \u00e9taient \u00e0 risque d\u2019automatisation et de disparition dans les dix \u00e0 vingt\u00a0prochaines ann\u00e9es. Aujourd\u2019hui, presque dix ans apr\u00e8s, aucun de ces m\u00e9tiers n\u2019a disparu dans les \u00e9conomies d\u00e9velopp\u00e9es.<\/p>\n<p>Les statistiques r\u00e9centes sur les besoins de main-d\u2019\u0153uvre montrent que certains m\u00e9tiers identifi\u00e9s dans l\u2019\u00e9tude comme fortement automatisables sont d\u00e9sormais \u00ab\u2009en tension\u2009\u00bb avec des risques de p\u00e9nurie. Par exemple, les m\u00e9tiers de vente, de service dans l\u2019h\u00f4tellerie et la restauration, de conduite de v\u00e9hicules \u00e9taient consid\u00e9r\u00e9s comme automatisables et sont pourtant fortement demand\u00e9s. D\u2019une certaine fa\u00e7on, cela traduit la mani\u00e8re dont les progr\u00e8s r\u00e9cents de l\u2019IAG masquent les avanc\u00e9es limit\u00e9es, voire les \u00e9checs, dans d\u2019autres domaines, tels que la conduite autonome ou la robotique en environnement ouvert.<\/p>\n<h2>Derri\u00e8re les promesses technologiques, une productivit\u00e9 en berne<\/h2>\n<p>En outre, les \u00e9conomistes s\u2019accordent sur l\u2019existence d\u2019un \u00ab\u2009paradoxe de la productivit\u00e9\u2009\u00bb\u00a0: malgr\u00e9 des investissements tr\u00e8s importants dans les nouvelles technologies au sein des \u00e9conomies d\u00e9velopp\u00e9es, les gains de productivit\u00e9 restent faibles et concentr\u00e9s dans un nombre limit\u00e9 d\u2019entreprises. Plusieurs explications sont avanc\u00e9es. Les plus convaincantes sont celles <a href=\"https:\/\/www.project-syndicate.org\/commentary\/ai-productivity-boom-forecasts-countered-by-theory-and-data-by-daron-acemoglu-2024-05\/french\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">propos\u00e9es<\/a> par Daron Acemoglu, r\u00e9cent laur\u00e9at du prix Nobel d\u2019\u00e9conomie. Selon lui, le faible impact de ces technologies sur la productivit\u00e9 tient \u00e0 l\u2019absence de r\u00e9flexion approfondie sur leur articulation avec le travail. Leur efficacit\u00e9 d\u00e9pend moins de leurs prouesses techniques que de leur int\u00e9gration dans les organisations.<\/p>\n<p>Daron Acemoglu anticipe ainsi des gains de productivit\u00e9 relativement modestes, de l\u2019ordre de 0,66\u00a0% \u00e0 1,5\u00a0% du PIB sur les dix prochaines ann\u00e9es. L\u2019\u00e9cart avec d\u2019autres pr\u00e9visions plus optimistes s\u2019explique par une analyse fine de la compl\u00e9mentarit\u00e9 entre technologie et travail humain. En pratique, les technologies remplacent rarement des m\u00e9tiers entiers\u2009; elles automatisent certaines t\u00e2ches tout en en g\u00e9n\u00e9rant de nouvelles, ce qui limite leur potentiel de transformation radical. Par ailleurs, Daron Acemoglu souligne un ph\u00e9nom\u00e8ne d\u2019adoption de \u00ab\u2009so-so technologies\u2009\u00bb\u00a0: des technologies dont les effets r\u00e9els sur la productivit\u00e9 sont en r\u00e9alit\u00e9 tr\u00e8s limit\u00e9s.<\/p>\n<h2>Au-del\u00e0 de la disparition du travail, la question de la transformation du contenu du travail<\/h2>\n<p>L\u2019enjeu des vagues technologiques num\u00e9riques n\u2019est donc pas tant d\u2019annoncer la fin du travail ou des bouleversements massifs en mati\u00e8re de volume d\u2019emploi, mais n\u00e9cessite plut\u00f4t de concentrer l\u2019analyse sur leurs effets concrets\u00a0: reconfigurations des m\u00e9tiers, transformations des conditions de travail et nouvelles formes d\u2019in\u00e9galit\u00e9s. Ces dynamiques, parfois moins visibles, peuvent n\u00e9anmoins modifier en profondeur le contrat social du travail, en affectant le contenu du travail et son organisation. C\u2019est sur cette question des \u00ab\u2009perdants et gagnants\u2009\u00bb en mati\u00e8re de conditions de travail que se joue aujourd\u2019hui le d\u00e9bat, bien davantage que sur celle de la disparition du travail.<\/p>\n<p>La litt\u00e9rature socio-\u00e9conomique s\u2019accorde en r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 montrer que la question de la disparition du travail cache des m\u00e9canismes de transformation bien r\u00e9els, sans doute d\u2019une ampleur plus importante. Autrement dit, les \u00e9tudes r\u00e9centes en \u00e9conomie proposent une analyse par les t\u00e2ches qui permet de mieux saisir les effets des technologies sur l\u2019emploi et le travail, qui avaient \u00e9t\u00e9 n\u00e9glig\u00e9s dans le pass\u00e9. Les technologies ne remplacent pas des m\u00e9tiers ou des emplois, mais elles r\u00e9organisent la production. Cette r\u00e9organisation s\u2019accompagne de la disparition, du transfert (entre humain et machine) et de la cr\u00e9ation de t\u00e2ches.<\/p>\n<p>Le mod\u00e8le dit \u00ab\u2009des t\u00e2ches\u2009\u00bb montre que l\u2019adoption des technologies transforme le contenu du travail bien plus qu\u2019elle ne d\u00e9truit des emplois. Ainsi, les outils num\u00e9riques aujourd\u2019hui transforment, par exemple, les m\u00e9tiers de l\u2019enseignement, de la vente, du transport (chauffeurs\/livreurs) sans les faire dispara\u00eetre. La question des effets de l\u2019adoption des technologies sur le travail d\u00e9passe donc largement la question de la disparition ou non du travail, mais pose la question des effets sur les conditions de travail, sur la soutenabilit\u00e9 des mod\u00e8les de production et, in fine, de la d\u00e9sirabilit\u00e9 des mod\u00e8les de production.<\/p>\n<h2>Les technologies ne rendent pas n\u00e9cessairement le travail moins p\u00e9nible<\/h2>\n<p>Il est crucial de se pencher s\u00e9rieusement sur l\u2019impact des nouvelles technologies sur les conditions de travail et d\u2019emploi. En effet, il est fr\u00e9quemment affirm\u00e9 qu\u2019elles permettent de remplacer les t\u00e2ches fastidieuses et r\u00e9p\u00e9titives par des t\u00e2ches plus gratifiantes et stimulantes. Si cette id\u00e9e largement r\u00e9pandue n\u2019est pas d\u00e9nu\u00e9e de preuve scientifique, des travaux r\u00e9cents montrent que l\u2019adoption des nouvelles technologies, loin de lib\u00e9rer les travailleurs des t\u00e2ches p\u00e9nibles, semble plut\u00f4t conduire \u00e0 un accroissement des contraintes au travail.<\/p>\n<p>Les technologies remplacent en effet des t\u00e2ches r\u00e9p\u00e9titives et routini\u00e8res, m\u00eame les outils d\u2019IA plus r\u00e9cents qui tendent \u00e0 effectuer des t\u00e2ches plus complexes, excellent en r\u00e9alit\u00e9 sur les t\u00e2ches les moins cr\u00e9atives (imitation, r\u00e9plication, identification de probl\u00e8mes connus et d\u00e9j\u00e0 \u00e9prouv\u00e9s, etc.). Cependant, cette capacit\u00e9 \u00e0 remplacer des t\u00e2ches tr\u00e8s standardis\u00e9es implique que la compl\u00e9mentarit\u00e9 avec le travail humain soit fortement divis\u00e9e et structur\u00e9e. Si le travail humain n\u2019est pas fortement codifi\u00e9, il devient difficile de le d\u00e9l\u00e9guer aux outils num\u00e9riques et technologiques. Ces outils remplacent les t\u00e2ches routini\u00e8res et r\u00e9p\u00e9titives, mais rendent \u00e9galement les t\u00e2ches restantes plus proc\u00e9durales et plus divis\u00e9es.<\/p>\n<p>L\u2019effet des technologies adopt\u00e9es depuis l\u2019av\u00e8nement des technologies num\u00e9riques peut donc appara\u00eetre paradoxal\u00a0: comment expliquer le remplacement des t\u00e2ches r\u00e9p\u00e9titives et routini\u00e8res et en m\u00eame temps un accroissement de ces derni\u00e8res dans le travail humain\u2009? En r\u00e9alit\u00e9, cet apparent paradoxe n\u2019en est pas un, il est le produit de deux dynamiques conjointes. Aux pr\u00e9mices de l\u2019\u00e8re industrielle, les \u00e9conomistes avaient bien saisi les m\u00e9canismes \u00e0 l\u2019\u0153uvre. Dans la m\u00e9taphore de la manufacture d\u2019\u00e9pingle, Adam Smith n\u2019identifie pas des gains de productivit\u00e9 li\u00e9s \u00e0 une technologie en soi, mais \u00e0 une division du travail qui permet \u00e0 la fois de sp\u00e9cialiser le travail dans des t\u00e2ches plus simples et de les rendre compl\u00e9mentaires de machines plus performantes. Ainsi, l\u2019histoire des technologies vise \u00e0 r\u00e9organiser le travail pour rendre les capacit\u00e9s technologiques capables de remplacer des t\u00e2ches humaines, mais aussi de rendre plus homog\u00e8nes les t\u00e2ches qui l\u2019\u00e9taient le moins.<\/p>\n<p>De cette fa\u00e7on, les t\u00e2ches humaines remplac\u00e9es par les technologies sont bien les plus routini\u00e8res et standardis\u00e9es, mais les t\u00e2ches restantes qui le sont moins vont le devenir plus pour devenir compl\u00e9mentaires avec les outils techniques. Ce m\u00e9canisme est tr\u00e8s bien d\u00e9crit par Harry Braverman<a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> dans ses travaux sur le proc\u00e8s de travail visant \u00e0 simplifier le travail ou encore par Richard Edwards<a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a> et plus largement par une abondante litt\u00e9rature sur les routines organisationnelles<a href=\"#_ftnref3\" name=\"_ftn3\">[3]<\/a>. Ces travaux montrent que si la simplification du travail vise des gains de productivit\u00e9 horaire, elle peut aussi \u00eatre b\u00e9n\u00e9fique \u00e0 l\u2019employeur sans gain de productivit\u00e9 du travail, en r\u00e9duisant les co\u00fbts salariaux. Un travail plus standardis\u00e9 avec moins de diversit\u00e9 de t\u00e2ches et de comp\u00e9tences est r\u00e9alisable par des individus moins qualifi\u00e9s et avec moins d\u2019exp\u00e9rience\u2009; la capacit\u00e9 des entreprises \u00e0 embaucher \u00e0 un niveau de qualification plus faible est donc facilit\u00e9e.<\/p>\n<p>Ainsi, les gains peuvent se mat\u00e9rialiser \u00e0 travers un pouvoir de n\u00e9gociation renforc\u00e9 pour l\u2019employeur et r\u00e9duit pour l\u2019employ\u00e9. Dans ce cas de figure, l\u2019int\u00e9r\u00eat de l\u2019adoption des technologies n\u2019est pas un gain de productivit\u00e9 (augmentation de la taille du g\u00e2teau), mais un gain \u00e0 somme nulle avec un avantage pour l\u2019employeur au d\u00e9triment du travailleur dans une logique de d\u00e9qualification. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s bien d\u00e9crit dans les secteurs de la logistique, de l\u2019industrie ou encore dans les services<a href=\"#_ftnref4\" name=\"_ftn4\">[4]<\/a>.<\/p>\n<h2>L\u2019acc\u00e9l\u00e9ration num\u00e9rique au-del\u00e0 de l\u2019industrie<\/h2>\n<p>\u00c0 cela s\u2019ajoute un d\u00e9veloppement tr\u00e8s rapide des technologies num\u00e9riques, \u00e0 un rythme plus soutenu que les progr\u00e8s r\u00e9alis\u00e9s dans les technologies m\u00e9caniques (telles que les robots). Ces innovations num\u00e9riques donnent ainsi une coloration sp\u00e9cifique \u00e0 l\u2019\u00e9volution du contenu du travail. Ces technologies d\u2019information sont particuli\u00e8rement adapt\u00e9es \u00e0 la r\u00e9organisation des t\u00e2ches dans les services et \u00e0 travers les logiciels et syst\u00e8mes de gestion. Dans les services et les m\u00e9tiers de bureau, \u00e0 la standardisation accrue s\u2019ajoute une flexibilisation spatiale et temporelle qui se traduit par moment par plus d\u2019autonomie (pour les cadres notamment), mais aussi par une intensification du travail et des rythmes.<\/p>\n<p>Dans d\u2019autres secteurs, tels que la logistique et la livraison (op\u00e9rateur dans les entrep\u00f4ts ou chauffeur VTC), le contenu de travail humain est fortement automatis\u00e9, laissant \u00e0 la machine la part la plus \u00ab\u2009cognitive\u2009\u00bb du travail (l\u2019algorithme embarqu\u00e9 sur le t\u00e9l\u00e9phone ou le casque \u00e0 commande vocale), tandis que le travailleur humain effectue la partie la plus m\u00e9canique et interactionnelle du travail, par exemple, d\u00e9placer des objets ou conduire dans un environnement mouvant. D\u2019une certaine mani\u00e8re, les outils num\u00e9riques sont de plus en plus adopt\u00e9s pour r\u00e9aliser des t\u00e2ches de micro-management, des t\u00e2ches d\u00e9cisionnelles au plus pr\u00e8s du travail, participant d\u2019autant plus \u00e0 des logiques de d\u00e9qualification et \u00e0 l\u2019av\u00e8nement d\u2019une forme de n\u00e9o-taylorisme<a href=\"#_ftnref5\" name=\"_ftn5\">[5]<\/a>.<\/p>\n<h2>Une \u00e9tude statistique de grande \u00e9chelle confirme l\u2019accroissement des contraintes au travail<\/h2>\n<p>Dans une \u00e9tude r\u00e9cente et novatrice, men\u00e9e en collaboration avec d\u2019autres chercheurs (Marta Fana, Lucas Giangregorio et Davide Villani), nous avons voulu observer si ces m\u00e9canismes sont limit\u00e9s \u00e0 certains m\u00e9tiers ou s\u2019ils sont g\u00e9n\u00e9ralisables \u00e0 l\u2019ensemble de l\u2019\u00e9conomie. Nous nous sommes efforc\u00e9s, non pas de pr\u00e9dire l\u2019avenir du travail, mais plut\u00f4t d\u2019analyser les cons\u00e9quences de la d\u00e9cennie \u00e9coul\u00e9e en mati\u00e8re d\u2019adoption technologique sur l\u2019\u00e9volution des t\u00e2ches au sein des m\u00e9tiers de l\u2019\u00e9conomie fran\u00e7aise. En nous appuyant sur un panel de travailleurs suivis dans le cadre de l\u2019<a href=\"https:\/\/dares.travail-emploi.gouv.fr\/temps-et-conditions-de-travail\/conditions-de-travail\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">enqu\u00eate<\/a> de r\u00e9f\u00e9rence sur les conditions de travail conduite par la Dares, nous avons \u00e9tudi\u00e9 les effets des changements technologiques et organisationnels sur le contenu et l\u2019organisation des t\u00e2ches au travail.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 la diversit\u00e9 des situations et des sp\u00e9cificit\u00e9s professionnelles, notre \u00e9tude fait ressortir de grandes tendances qui confirment les r\u00e9sultats issus de la litt\u00e9rature socio-\u00e9conomique pr\u00e9sent\u00e9e plus avant. Le premier enseignement est la combinaison entre changement technique et changement organisationnel au sein des lieux de travail. Conform\u00e9ment au mod\u00e8le des t\u00e2ches, l\u2019adoption d\u2019une technologie s\u2019accompagne tr\u00e8s souvent d\u2019une r\u00e9organisation du travail permettant une compl\u00e9mentarit\u00e9 diff\u00e9rente entre technologie et travail humain.<\/p>\n<p>Ensuite, l\u2019analyse confirme tr\u00e8s clairement la dynamique de standardisation de l\u2019organisation du travail issue de ces changements. Les travailleurs confront\u00e9s aux changements organisationnels et techniques sont plus fortement contraints par les normes et les r\u00e8gles, mais aussi plus contraints par les exigences de production ext\u00e9rieures \u00e0 l\u2019entreprise (commande automatis\u00e9e, etc.). Pour un grand nombre d\u2019entre eux, les t\u00e2ches sont \u00e9galement plus r\u00e9p\u00e9titives et s\u2019inscrivent dans des objectifs chiffr\u00e9s plus clairement \u00e9tablis. Notre \u00e9tude montre que, loin de l\u2019image du travailleur lib\u00e9r\u00e9 des t\u00e2ches p\u00e9nibles, les dynamiques de transformation techniques et organisationnelles accroissent les contraintes et tendent m\u00eame \u00e0 rendre le contenu du travail plus homog\u00e8ne. Pour les plus qualifi\u00e9s, aussi expos\u00e9s \u00e0 ces contraintes, nous observons n\u00e9anmoins une hausse des t\u00e2ches de management et de coordination mod\u00e9rant quelque peu l\u2019image d\u2019ensemble.<\/p>\n<h2>Production versus adoption\u00a0: une distinction cruciale<\/h2>\n<p>Peut-on conclure que l\u2019id\u00e9e selon laquelle l\u2019innovation et la technologie auraient des effets positifs sur le travail est fausse\u2009? Comme souvent, c\u2019est un peu plus compliqu\u00e9 et il est en r\u00e9alit\u00e9 possible de r\u00e9concilier les travaux qui semblent montrer des effets positifs sur l\u2019emploi et le travail avec ceux qui montrent une d\u00e9t\u00e9rioration.<\/p>\n<p>Pour cela, il faut revenir \u00e0 une distinction fondamentale de Schumpeter entre innovation et diffusion d\u2019innovation que l\u2019on pourrait traduire en r\u00e9alit\u00e9 entre production de nouvelles technologies et adoption de ces technologies. Les principaux travaux qui concluent \u00e0 des effets positifs de l\u2019innovation sur les conditions d\u2019emploi et de travail se focalisent en r\u00e9alit\u00e9 sur des travailleurs au sein d\u2019entreprises innovantes dont le m\u00e9tier exige d\u2019\u00eatre plus cr\u00e9atif et qui engrangent de forts gains de croissance. Ces entreprises ont des emplois aux t\u00e2ches moins standardis\u00e9es et cherchent \u00e0 stabiliser leur main-d\u2019\u0153uvre et le savoir-faire accumul\u00e9 en partageant plus largement les gains de productivit\u00e9. Cela conduit \u00e0 des emplois plus stables, mieux r\u00e9mun\u00e9r\u00e9s et avec des conditions de travail plus autonomes.<\/p>\n<p>Ces effets positifs localis\u00e9s sont r\u00e9els, mais ne semblent pas g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9s \u00e0 l\u2019ensemble des entreprises qui adoptent plus largement des technologies plut\u00f4t que de les produire. Autrement dit, s\u2019il y a bien des gagnants, il existe bien aussi des perdants, qui ne se limitent pas uniquement aux personnes qui perdent potentiellement leur emploi, mais \u00e0 tous les travailleurs qui voient leur travail se d\u00e9grader et qui sont victimes d\u2019une v\u00e9ritable perte de sens au travail li\u00e9e \u00e0 l\u2019approfondissement de la division du travail<a href=\"#_ftnref6\" name=\"_ftn6\">[6]<\/a>.<\/p>\n<h2>Sortir d\u2019une vision in\u00e9luctable du progr\u00e8s technique<\/h2>\n<p>Ces travaux soulignent donc l\u2019importance de poser la question des effets des innovations et des technologies sur l\u2019emploi au-del\u00e0 de la simple question de la destruction d\u2019emploi, et de s\u2019interroger sur les gagnants et les perdants en mati\u00e8re de conditions d\u2019emploi et de travail. Les travaux en \u00e9conomie montrent que l\u2019innovation n\u2019est pas une dynamique in\u00e9luctable, mais bien un choix collectif. Le travail de Mariana Mazzucatto montre, par exemple, que les \u00c9tats sont \u00e0 l\u2019initiative des sentiers d\u2019innovation<a href=\"#_ftnref7\" name=\"_ftn7\">[7]<\/a>.<\/p>\n<p>Plus largement, la litt\u00e9rature \u00e9conomique s\u2019accorde sur le fait que les innovations et leur adoption d\u00e9pendent des syst\u00e8mes institutionnels. Les r\u00e9glementations, les subventions et les exigences, telles que les normes, conduisent \u00e0 des trajectoires d\u2019innovations diff\u00e9rentes. Par exemple, la r\u00e9glementation sur les donn\u00e9es personnelles peut limiter certaines innovations, mais les march\u00e9s r\u00e9gul\u00e9s avec des m\u00e9canismes de subvention ou d\u2019incitation peuvent aussi favoriser l\u2019adoption de certaines innovations, comme le montre le march\u00e9 des v\u00e9hicules \u00e9lectriques en Chine.<\/p>\n<p>Enfin, il ne faut pas n\u00e9gliger aussi la question environnementale, les besoins en ressources qui d\u00e9coulent du transfert de certaines t\u00e2ches humaines vers des machines n\u2019ont fait que peu l\u2019objet d\u2019une analyse \u00e9conomique rigoureuse. C\u2019est pourtant un sujet d\u2019une grande importance. S\u2019il convient de s\u2019interroger sur les gains socio-\u00e9conomiques pour les employeurs et les employ\u00e9s de l\u2019adoption des technologies, il ne faut pas n\u00e9gliger dans l\u2019analyse les effets environnementaux du remplacement du travail humain par des technologies potentiellement tr\u00e8s gourmandes en empreinte environnementale. Les calculs de gain de productivit\u00e9 de l\u2019adoption d\u2019une technologie \u00e0 l\u2019\u00e9chelle d\u2019une entreprise peuvent au niveau du pays ou dans le temps s\u2019annuler avec les co\u00fbts environnementaux li\u00e9s \u00e0 l\u2019usage de certaines ressources (non-renouvelables, pollution, etc.). Les d\u00e9bats actuels sur l\u2019usage de certaines technologies dans le secteur agricole en sont un parfait exemple.<\/p>\n<p>Du point de vue du choix collectif, il pourrait \u00eatre acceptable d\u2019adopter des technologies qui vont d\u00e9t\u00e9riorer partiellement certaines dimensions des conditions de travail, comme cela a pu \u00eatre observ\u00e9 dans les \u00ab\u2009trente glorieuses\u2009\u00bb, si cela s\u2019accompagne d\u2019une compensation sur d\u2019autres dimensions des conditions d\u2019emploi et de travail, notamment par une meilleure r\u00e9partition des gains de productivit\u00e9 (hausse des salaires, r\u00e9duction du temps de travail, etc.), mais aussi d\u2019une r\u00e9duction des empreintes environnementales. Cependant, les \u00e9conomies d\u00e9velopp\u00e9es ont aujourd\u2019hui un faible taux de productivit\u00e9, concentr\u00e9 dans certaines entreprises les plus performantes.<\/p>\n<p>Il semble donc essentiel d\u2019abandonner l\u2019\u00e9pouvantail de la disparition du travail tout en \u00e9chappant \u00e0 une vision in\u00e9luctable ou idyllique des technologies et de r\u00e9fl\u00e9chir collectivement aux trajectoires technologiques que nous voulons adopter. Le terme de r\u00e9gulation tant d\u00e9cri\u00e9 dans le pass\u00e9 est en r\u00e9alit\u00e9 au c\u0153ur des dynamiques d\u2019innovation et de leur adoption\u2009; il est donc n\u00e9cessaire qu\u2019il soit r\u00e9habilit\u00e9. Autrement dit, le choix d\u2019adopter une technologie dont les co\u00fbts sociaux (conditions de travail) et environnementaux (ressources et pollution) sont bien sup\u00e9rieurs aux gains de productivit\u00e9 doit \u00eatre d\u00e9battu.<\/p>\n<p>Ces r\u00e9flexions ne peuvent \u00eatre laiss\u00e9es aux seules entreprises ou au march\u00e9, qui ne sont pas en mesure de prendre en compte tous les enjeux qui entourent les transformations technologiques. Lorsque Daron Acemoglu parle de \u00ab\u2009so-so technologies\u2009\u00bb, il justifie leur adoption massive plus par effet de mode que par v\u00e9ritable calcul d\u2019optimisation technologique. Il se pourrait que l\u2019adoption de ces technologies se fasse dans une perspective de d\u00e9qualification sans gain de productivit\u00e9 r\u00e9el, ce qui pourrait se traduire l\u00e0 aussi par une hausse des in\u00e9galit\u00e9s.<\/p>\n<p>Au regard des enjeux de r\u00e9duction des in\u00e9galit\u00e9s, de soutenabilit\u00e9 au travail et environnementale, il appara\u00eet aujourd\u2019hui urgent d\u2019organiser un d\u00e9bat collectif alliant dialogue social et d\u00e9bat d\u00e9mocratique sur le d\u00e9ploiement de ces technologies au travail.<\/p>\n<p><em>Article publi\u00e9 le 11 mars 2026.<\/em><\/p>\n<p><em><a href=\"https:\/\/aoc.media\/opinion\/2025\/10\/28\/pour-un-debat-sur-les-effets-des-technologies-sur-les-transformations-du-travail\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Publication originale<\/a> dans le quotidien num\u00e9rique AOC le 29 octobre 2025.<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019intelligence artificielle va-t-elle faire de nous des travailleurs sans travail\u2009? En r\u00e9alit\u00e9, les technologies remplacent rarement des m\u00e9tiers entiers\u2009; elles automatisent certaines t\u00e2ches tout en en g\u00e9n\u00e9rant de nouvelles. On observe \u00e9galement que, dans un contexte d\u2019automatisation du travail, m\u00eame les t\u00e2ches qui ne peuvent pas \u00eatre automatis\u00e9es sont rendues plus standardis\u00e9es : les technologies ne rendent donc pas forc\u00e9ment le travail moins p\u00e9nible.<\/p>\n","protected":false},"author":10,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"_gspb_post_css":"","footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"coauthors":[6],"class_list":["post-744","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-non-classe"],"blocksy_meta":[],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/supplements.aoc.media\/printemps-des-humanites\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/744","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/supplements.aoc.media\/printemps-des-humanites\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/supplements.aoc.media\/printemps-des-humanites\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/supplements.aoc.media\/printemps-des-humanites\/wp-json\/wp\/v2\/users\/10"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/supplements.aoc.media\/printemps-des-humanites\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=744"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/supplements.aoc.media\/printemps-des-humanites\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/744\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":973,"href":"https:\/\/supplements.aoc.media\/printemps-des-humanites\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/744\/revisions\/973"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/supplements.aoc.media\/printemps-des-humanites\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=744"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/supplements.aoc.media\/printemps-des-humanites\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=744"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/supplements.aoc.media\/printemps-des-humanites\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=744"},{"taxonomy":"author","embeddable":true,"href":"https:\/\/supplements.aoc.media\/printemps-des-humanites\/wp-json\/wp\/v2\/coauthors?post=744"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}